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“J’aime tard dans le jour. J’aime le transfert du jour à la nuit, j’aime la désaturation. C’est une
éternité-à-grande-vitesse”.
-Catharine MacTavish
Se déployant sur plus de six décennies (1974–2026), les dessins, lithographies, vidéos, hologrammes, peintures tridimensionnelles et maisons de poupées présentés dans High-Speed Eternity ne constituent qu’un aperçu de la pratique à mille facettes de l’artiste canadienne Catharine MacTavish. Réunies pour la première fois, ces œuvres reflètent la trajectoire de vie kaléidoscopique de l’artiste, tout en mettant en lumière ses explorations constantes du phénomène de la vision. Partant de la peau et des vêtements qui délimitent son corps, le travail de MacTavishexplore différentes méthodes de dissolution du soi à travers la philosophie, la miniature et l’holographie — changeant sans cesse d’échelle et de perspective pour tenter de se fondre dans la vision et ainsi « devenir voir voir voir ! »
Malgré l’enthousiasme suscité par ses dessins et peintures au milieu des années 1970–80, MacTavish n’a plus exposé son travail depuis 2003, et jamais en dehors du Canada. S’ajoutant à une sous-représentation systémique des artistes femmes et issu·x·es des minorités de genre, des bouleversements personnels, des problèmes de santé et une situation économique précaire ont freiné le développement d’opportunités pour sa carrière artistique. Pendant quinze ans, MacTavish est entrée dans les ordres comme nonne bouddhiste, tout en travaillant dans la petite enfance. Pourtant, tout au long de cette période, et sans public, ses expérimentations n’ont jamais cessé.
Au cœur de cette exposition, la série Self Centred (1974-79) coïncide avec ce que MacTavish a nommé son “éveil formel”, d’où sont issues toutes ses œuvres suivantes. Réalisés au graphite ou par un processus de lithographie, ces grands formats sont au départ conçus comme de simples compte-rendus visuels liant l’œil à la main, où le rythme effréné de la mine finit par s’élever jusqu’à une perspective en vol d’oiseau. On y voit le corps de l’artiste qui s’estompe et se dissout dans des espaces clos, distordus. Self Centred est une enquête technique et philosophique, une exploration de la vision périphérique souvent délaissée par les conventions de l’histoire de l’art, en même temps qu’une considération, pour l’artiste, de ce que signifie être “en dehors du cadre”.
Bien que ses séries aient toujours été conçues séparément, la persistance des investigations artistiques de
MacTavish est encore plus palpable lorsque différents ensemble d’œuvres entrent en dialogue. Réalisé plus d’une trentaine d’années après la conclusion de Self-Centred, le dessin Gray #5 (2007) déconstruit le corps féminin (et certains des fantasmes qui lui sont associés) en le disséquant. La vidéo Heaven’s Door (2012) montre des lambeaux de vêtements déchiquetés, tâchés de sang, délicatement étalés sur le sol de l’appartement de MacTavish après qu’elle a été renversée à vélo, un accident qui la laissera avec d’importants traumatismes crâniens, des effets de désorientation constants et des flashbacks paralysants. Avec l’humour qui la caractérise, MacTavish raconte : “J’avais toujours une boussole sur moi. J’avais du mal à trouver la sortie des toilettes publiques. On n’apprécie pas le sens de l’orientation tant qu’on n’a pas mis le pied hors d’une de ces cabines, qu’on est allé·e dans la mauvaise direction, qu’on s’est pris un mur en pleine figure pour se retrouver totalement décontenancé·e”. Ces toilettes sans issue ne sont pas sans rappeler les images dépourvues d’orientation au cœur de Self-Centred. C’est sous l’effet d’une myopie – qui transforma son œil gauche en “verre agrandissant” – que l’artiste commença à se fasciner pour la miniature. Depuis l’enfance, MacTavish construit et joue avec des maisons de poupées qu’elle
remplit et customise d’œuvres d’art à échelle réduite réalisées à la main. Faites sur-mesure pour les étagères de Shmorévaz, celles qui composent le Trippy Trix Tryptic (2026) retracent trois scènes touchant à sa rencontre transformatrice avec l’holographie dans les années 1970 : une table de sable holographique DIY, un cabaret illuminé de lasers, un interféromètre de Mach-Zehnder.
MacTavish réalise son premier hologramme en 1973 en s’infiltrant dans un laboratoire de physique de
l’Université de Toronto, déguisée en étudiante preppy, grâce à l’aide d’un élève rencontré à une fête. Elle se lance ensuite dans une poursuite de ce médium insaisissable au travers du continent, qui la mène jusqu’à Vancouver, pour atterrir à Visual Alchemy – le studio d’expérimentation en matière de média et d’holographie géré par l’artiste Al Razutis. C’est dans ce même studio qu’en 1974, MacTavish collabore avec Razutis sur de nombreux hologrammes – dont deux, Ashtray et Ziggurat sont présentés aujourd’hui – et qu’elle réalise son premier dessin de la série Self Centred. Au cœur du concept d’holographie se trouve l’idée que, si l’on fragmente ou brise un hologramme, l’image entière se reconstituera dans chacun de ses morceaux.
Aujourd’hui, MacTavish conçoit, en collaboration avec la designeuse Linda Penwarden, des bijoux en or sur mesure dont elle compte faire de nouveaux hologrammes. Cette exploration continue des médiums, alliée à un retour vers son amour de l’holographie cinquante ans après, témoigne de l’insatiable curiosité de MacTavish. Son enthousiasme pour les symétries universelles est communicatif. Sa patience et son amour des processus artistiques laborieux sont infinis. Son art touche autant à la survie qu’au mystère et à la joie – il n’est que très rarement rentable, jamais arrangeant, mais toujours nécessaire. Lorsqu’elle décrit certaines des périodes difficiles de sa vie, des moments où faire de l’art s’est avéré éprouvant, elle raconte, “J’ai essayé d’abandonner l’art, car trop impraticable, mais quand l’art ne m’a pas abandonnée, il a réaffirmé ce que je soupçonnais déjà ; qu’il me fait moi, davantage que je ne le fais lui”.
-Felix Rapp
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Catharine MacTavish (née en 1952) est une artiste canadienne vivant à Toronto. Bien que son œuvre vaste et toujours en cours reste encore relativement méconnue, ses premiers dessins et peintures figurent notamment dans les collections de l’Art Gallery of Ontario, de la Surrey Art Gallery et de la Banque d’œuvres d’art du Conseil des arts du Canada. MacTavish a notamment présenté des expositions personnelles à la U.B.C. Fine Arts Gallery, à Gallery Stratford, à Mercer Union ainsi qu’à l’Art Gallery of Greater Victoria.
Felix Rapp (né en 1993) est un artiste, curateur et éditeur germano-canadien vivant sur l’île de Pender, en
Colombie-Britannique (Canada). Son travail artistique et curatorial s’appuie sur le potentiel transformateur des procédés d’imagerie expérimentaux, notamment le tirage en chambre noire, l’holographie, ainsi que les communautés élargies qui se forment autour de ces pratiques. Il est cofondateur de l’artist-run space People à Vancouver, ainsi que cofondateur et corédacteur du magazine Le Chauffage, basé entre Bruxelles et Vancouver.
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Catharine MacTavish, High-Speed Eternity
commissariat par Salomé Burstein & Felix Rapp
Catharine MacTavish, High-Speed Eternity
commissariat par Salomé Burstein & Felix Rapp
avec Emile Rubino & Deon Feng
16 Avril – 23 mai 2026
Nos remerciements à Coach House Press, Alexis De Bonis, Hampus Lindwall, Michael Page, Al Razutis, Isabella Ritter & Su Schnee